July 27, 2015

JONATHAN LEMONNIER

Design

Manifestes a rencontré Jonathan chez lui par une jolie fin d’après midi d’été. On a parlé de bouquins, de design, de brocantes et de pistolets laser. On a aussi longuement débattu sur l’identité du créateur de « Less is More » et on a fini par conclure que la crise 2008 avait permis de redéfinir les règles du jeu et que ce n’était pas si mal.

 

CARTE POSTALE DE RENCONTRE

Météo : Lourde, il fait plutôt très chaud.

 

Humeur : Détendu, c’est bientôt les vacances.

 

Boisson : Du vin rouge d’Arbois bien frais.

 

Lieu : Dans le 20ème, entre Belleville et Ménilmontant dans mon appart-atelier.

 

 

 

 

Chaise Panorama pour Vorevbois & table Alto (autoédition).

 

UN DESIGNER REALISTE

Genèse

J’ai su très tôt que j’avais envie de faire ce que je fais aujourd’hui même si n’y ai mis les mots dessus que bien plus tard. Je dessinais beaucoup. Pour l’anecdote, je me souviens très bien du jour où, petit, en voiture avec mon père et je lui demandais si il connaissait un métier où on pouvait ne faire que dessiner et créer. Il m’a répondu « Designer ». C’était parti.

 

Aujourd’hui,  pour décrire mon travail, j’utilise toujours des mots simples et je dis souvent que je dessine, que je dessine beaucoup et puis, à un moment, je finis par faire ! Sinon, on peut aussi dire que je suis designer. Je travaille tous les matériaux et je fais des choses très très différentes (des objets, de la scénographie, du packaging…).

 

Aujourd’hui je travaille seul mais je suis passé dans différents studios comme celui de Lorenz Kaz à Milan ou celui d’Arik Levy à Paris.

 

 

Simplicité et principe de réalité

Avec les années, j’ai compris que j’aimais les objets simples, ceux qui cachent toujours une certaine complexité. Je travaille toujours en collaboration étroite avec des fabriquants qui réalisent mes créations car j’aime suivre le process de création jusqu’au bout et être actif pendant tout le développement du projet. J’aime les objets harmonieux bien proportionnés et qui ont une identité et une personnalité. Quand tu fais du design automobile, tu ne peux pas bosser tout seul, et donc avoir une vision vraiment homogène je trouve toujours ça un peu frustrant.

 

Tout le monde n’est pas capable de travailler des matières chères et complexes (comme le marbre par exemple). Aussi, d’un autre côté, tout le monde n’est pas capable d’acheter cela. C’est pour cette raison que le bois est central dans mon travail. C’est une matière facile d’accès tant en terme de réseaux de fournisseurs que de techniques de fabrication . Mes créations s’inscrivent dans un contexte réel et sont destinées à être vendues et utilisées, je suis un pragmatique. On peut même dire que je suis un designer réaliste!

 

Au fil des objets et des projets je sens que mon style s’installe. Je suis un apôtre de la simplicité et de la ligne. Je n’aime pas le design farfelu et alambiqué, en tout cas trop expressif dans le dessin. Demain je continuerai à faire cela pour des éditeurs ou peut-être même pour des galeries, mais cela sera toujours en suivant cette vision.

 

 

Lampe Carbet pour Reine Mère

Dessin à la main et maquettes en carton

Je dessine toujours à la main, jamais sur l’ordi. Je suis donc entouré de feuilles de papier, de stylos noir de différentes épaisseurs, d’un Stabylo pour mettre un peu de couleur de temps et temps et aussi de carton et du scotch pour fabriquer mes maquettes.

 

 

UN TERRITOIRE

Entre Belleville & Ménilmontant

Je vis entre Belleville et Ménilmontant depuis quelques mois.  Je passe peu de temps à Belleville qui est plus pour moi un espace de passage. Ma vie se tourne plus vers Ménilmontant où j’ai mes amis, mon atelier et quelques petites habitudes. J’aime beaucoup ce quartier qui a un esprit village.

Quelques adresses où vous pouvez me croiser

+ Le Bar du Saint Sauveur (11 Rue des Panoyaux, 75020 Paris), j’y suis tout le temps avec mes potes.

 

+ Cô My Cantine (18 Rue de Ménilmontant, 75020 Paris), ils ont ouvert il y a peu et ils font de supers bô-bun.

 

+ Les Quilles (123 Boulevard de Ménilmontant, 75011 Paris), un tout petit resto où tout est un régal.

 

+ La librairie Monte en L’Air (2 Rue de la Mare, 75020 Paris), on y trouve plein de bouquins décalés. J’y ai déniché récemment un livre sur les pistolets lazer.

 

+ Les brocantes de Paris où je me balade souvent le dimanche. Même si je n’y vais juste que pour regarder, je repars souvent avec un petit truc incongru.

 

 

Un appart

Il est bizarrement foutu mon appart, c’est un très long couloir avec un petit espace au bout. Néanmoins j’aime bien cette organisation car j’ai mis mon atelier et tout le bazar que je ne veux pas voir dans le couloir. Cela m’a permis d’imaginer un bel espace avec une belle lumière dans la pièce de vie qui est aussi le lieu où je travaille.

 

J’y ai mes bouquins, tous mes objets, le mur derrière mon bureau où je colle des dessins et mes travaux en cours. C’est très pratique, j’ai tout à portée de main. Je me sens très bien ici. Cet appart a juste ce qu’il faut d’étrange et de cachet, je me suis tout de suite projeté quand je suis arrivé ici.

 

J’ai quelques objets que j’adore ici :

 

+ Un outil de mesure pour calculer les angles. On me l’a donné quand je bossais à Milan. Je l’utilise tout le temps. Un temps, j’ai passé ma vie à regarder les angles des assises de chaises. J’ai appris plein de trucs grâce à ce petit objet.

 

+ Ma bouilloire Richard Sapper pour Alessi. Pour l’anecdote, une dame la vendait dans une brocante pour 5 euros, elle ne savait pas ce que c’était. J’étais avec une amie ce jour là et, pour le jeu, elle l’a négocié. On l’a eu à 3 euros. L’affaire de ma vie !

 

+ « Chiner le Design », ce bouquin est une mine en terme d’infos sur les objets industriels.

 

Une journée avec Jonathan

Le matin, je me lève vite.  Je me réveille toujours avant le réveil. Si jamais je suis arrivé à me réveiller bien avant, je trouve ça trop cool,  j’ai l’impression d’avoir gagné du temps sur ma journée, je profite de cette première heure.

 

Je commence ma journée par un café et des petites actions du quotidien bassement matérielles comme faire la vaisselle laissée la veille. Puis je pars faire un petit tour dehors et je commence qu’après à travailler en revoyant ma to-do-list de la journée et en lisant mes mails.

 

Mes journées sont très variables mais je m’aménage toujours des « pauses aérées » comme mon tour du matin ou le moment du déjeuner, ça me permet d’être beaucoup plus concentré le reste du temps.

DES INSPIRATIONS

+ Une citation ? Ca sera une réplique du Grand Bleu, celle où Enzo demande ses palmes à son frère : « Roberto, mio palmo ! » (il faut la dire avec l’accent sinon c’est moins drôle).

 

+ Une couleur ? Les couleurs des matières (le chêne n’a pas la même couleur que le hêtre).

 

+ Une matière ? Toutes les matières même les plus industrielles. Il y a toujours des trucs cools à faire.

 

+Une ville ? Amalfi en Italie.

 

+ Un lieu ? Derrière mon bureau.

 

+ Un artiste ? Dieter Rams.

 

+ Un son ? « How Deep is your love » des Bee Gees.

 

+ Un sentiment ? La Complicité.

 

+ Une saison ? Le Printemps, quand tout recommence.

 

+ Un moment de la journée ? Le Matin, quand tout recommence.

 

+ Un événement ? La crise de 2008, les règles du jeu ont changé à ce moment là.

 

+ Une époque ? Le futur tel qu’on l’imaginait dans les années 80.

 

+ Un objet ? Mon fameux niveau gradué.

 

+ Un plat ? Un truc que j’ai découvert quand j’étais à Milan : des feuilles de Fenouil avec juste un peu d’huile d’olive et du sel.

 

+ Une personne à nous recommander pour « subir » la même interview ? La Racaille de Shanghai, graphiste.

 

 

 

Interview : Julie Delle Vedove

 

Photos : Manuela Cathala