July 22, 2015

CÉCILE GALLAND

ART

Il y a quelques jours, Manifestes découvrait Cécile et son univers dans son appartement douillet vue sur jardin. On apprenait alors qu’on pouvait commencer sa vie en voulant devenir Duchesse et finir en artiste éprise d’architecture. On a passé un bon moment.

 

CARTE POSTALE DE RENCONTRE

Météo : Très beau et très chaud car je l’ai entendu à la radio (mais dans mon appart il fait froid donc je n’en savais rien avant de l’entendre).

 

Humeur : De très bonne humeur !

 

Boisson : Du thé Sweet Love (c’est écrit sur la boîte, c’est une boisson excitante, on va finir toutes à poil,  j’en suis sûre!).

 

Lieu :  Chez mon copain et moi.

 

Pour en savoir un peu plus sur Cécile : son site / son blog.

 

 

 

 

UN PARCOURS

De duchesse à artiste

Si on résume, j’invente des images qui ne me lassent pas. Après la peinture et l’illustration, je commence juste à me lancer dans la sculpture et cela va suivre le même modèle : quoique je fasse, il faut que jamais que je m’ennuie et que j’y prenne toujours du plaisir.

 

Toute petite, je voulais faire Duchesse, puis j’ai changé pour architecte. Ca m’a collé longtemps car c’était le seul métier créatif que je connaissais à l’époque du Primaire (et cela m’obsède toujours un peu quand on observe le sujet de mes peintures)! Après un passage en Illustration au Arts Déco, je suis (enfin) arrivée à la peinture, c’était il y a 6 ans,  je donnais alors des cours de peinture à des enfants. Les révélations sont partout!

 

Un univers fait de ciels et d’architecture

Aujourd’hui la thématique de l’architecture et de l’aérien sont au coeur de ma peinture.
Elle me permet de ne pas raconter d’histoire, d’oublier le sujet de départ et de me rapprocher de l’abstrait. J’ai pris des milliers de photos d’immeubles, j’ai une base icono géante et je pars toujours de là pour travailler. L’architecture me permet de jouer sur la géométrie et sur une gamme chromatique bien définie (sourde, terreuse, aérienne…). Je ponctue parfois ces scènes d’un petit détail coloriel comme une épice en cuisine.

 

Avec le temps, j’ai l’impression de gagner en sérénité et que mon univers s’épure, les détails disparaissent pour aller vers l’abstraction. Je sais où je vais, je connais mieux mon univers et je ne finis plus mes toiles de la même manière. Je vais plus loin même si je sais maintenant plus vite quand mes toiles sont terminées. (Ca c’est pour la partie peinture, je n’ai pas du tout la même démarche pour mes illustrations ou mes sculptures).

 

Je commence et travaille toujours de la même manière : je fais le fond. Cette première étape se passe toujours assez vite. Puis je me laisse mijoter pendant un petit mois, je me donne le temps de savoir ce que je veux faire de cette toile. La deuxième phase de peinture va elle aussi assez vite. Puis re-marinade pendant un petit mois afin de me demander si la toile est bien finie ou pas. Du début à la fin je ne me lasse jamais de mes toiles.

 

Même si je me définis toujours par la peinture, j’ai vraiment besoin de mes illustrations et de mes sculptures (qui sont plus narratives),  j’ai besoin que chaque domaine et chaque style enrichisse l’autre.

 

 

Petites manies & inspirations du quotidien

J’ai tout le temps sur moi un stylo noir, un carnet et mon téléphone avec lequel je prends des photos (même si il est bien pourri, cela me permet de garder des traces). Je dessine partout ou je suis (beaucoup dans le métro à vrai dire). Sinon je commence souvent toutes mes journées en allant faire un tour sur ffffound.com, ça m’inspire.

 

J’ai quelques petites manies comme mes montées de rangement. Quand je bosse chez moi, je mets des trucs partout, je mange dans mon lit et il y a des miettes. Quand ça m’énerve trop, je me mets à tout ranger en mode « Objectif appartement Marie-Claire Maison »,  je contemple mon oeuvre pendant 20 minutes puis je laisse le bordel revenir.  Autre petite manie: les cartes postales,  j’en ramène de toutes les expos que je vais voir (et même de celles que je ne vais pas voir).

 

En terme de vrai rituel : je bosse tout le temps en écoutant France Inter. Il y a cette émission que j’adore « Si tu écoutes, j’annule tout » de 5h à 6h, elle est merveilleuse et tellement drôle.

 

 

UN TERRITOIRE

Mes quartiers de vie, de travail et de coeur

Je vis Porte de Charenton, quand il n’y a pas a Foire du Trône, il n’y a vraiment personne ici, c’est Walking Dead ! Je ne suis pas vraiment fan de ce quartier mais j’adore mon appart, j’ai une vue sur la petite ceinture et le matin j’ai le bruit des oiseaux.

 

Sinon, même si il me sort par les yeux parfois, mon quartier de coeur restera toujours le 14ème, j’y suis née, j’y ai mon atelier et mes petites habitudes.

 

Pour finir, j’aime beaucoup le quartier de Château Rouge pour ses boutiques de tissu. Quand j’y vais il me faut une carte bloquée car si je ne me retiens pas, je peux revenir avec 19 mètres de Wax et 234 projets que je ne réaliserai jamais!

 

Quelques petites adresses où l’on peut croiser Cécile

+ La Cantine de Gaston (163 Rue de Tolbiac, 75013 Paris), un petit bar-resto tenu par des copains. C’est très bon et le demi est à 2 euros (ça doit être pour cela que je sors toujours de là saoule comme une bourrique).

 

+ La Cantine de Belleville (108 Boulevard de Belleville, 75020 Paris). Je suis très « cantine » j’ai l’impression !

 

+ Stories (20 rue Delambre, 75014 Paris), une petite boutique entre Art et Artisanat assez éthique. Plein de jolies choses à des prix accessibles.

 

 

Mes deux univers : mon atelier et mon appart

Je vis et travaille un peu à cheval entre mon atelier et mon appartement.

 

Mon atelier est un peu un lieu d’ascète, je l’ai volontairement aménagé comme cela pour m’obliger à me concentrer (je n’ai même pas de chouette fauteuil pour y faire la sieste, c’est dire…). J’ai deux petites voisines, qui sont devenues mes copines de palier, je vais chez elles faire la sieste ou faire des pauses en discutant le bout de gras.

 

Mon appart. Tout d’abord il faut savoir que c’est mon territoire avant d’être celui de mon mec ( il n’a presque pas le droit de donner son avis mais je lui concède néanmoins parfois un petit droit d’accrochage parce que je suis une fille gentille) ! On l’a choisi avec 2 pièces différentes qui ferment bien car nous avons toujours des amis de passage ou la famille de mon mec qui vient d’Espagne, on a tous besoin d’intimité et c’est mieux pour la santé mentale de chacun !

 

Ici, j’ai plein de trucs en couleurs, plein des choses qui pendent, étrangement rien qui ne ressemble à mon travail qui est tout gris.

 

J’ai quelques objets qui me suivent depuis longtemps et que j’aime avoir près de moi comme ma collection de BD. J’ai toujours déménagé tous mes livres, je les ai tous emmenés avec moi à Barcelone et ramenés avec moi à Paris (ça a failli être une vraie raison de rupture avec mon mec à l’époque mais je lui ai fait une bonne blague et c’est passé tout seul! ). Il y a aussi une petite guirlande d’étoiles qui met de la couleur, ces 3 petites images collées au mur qui m’inspirent toujours quand je les regarde et enfin mes boîtes à trésors avec plein de trucs dedans que je garde depuis des années. En fait on peut dire que j’ai 30 millions de petites choses qui sont importantes pour moi.

 

 

UNE JOURNÉE AVEC CECILE

J’ouvre les yeux avec France Inter et son lot de mauvaises nouvelles sur le monde. A ce moment là de la journée j’en ai presque rien à faire puisque je prends le petit dej au lit avec mon amoureux. On feignasse un petit moment tous les deux puis la journée commence pour de vrai.

 

Je prends mon vélo et je traverse Paris pour aller à mon atelier (cela m’arrive aussi de rester à la maison pour faire quelques papiers). Je rallume France Inter et je bosse sans faire de pause. Quand je termine ma journée, je regarde ce que j’ai accompli et que je me fais un petit bilan et une to-do-list en rangeant mon matos.

 

Je m’aménage des moments de temps off en fonction de mes humeurs. Je peux tout à fait me faire une expo un Lundi matin et m’obliger à aller peindre un Dimanche après midi si je le sens comme cela. C’est important de s’écouter. Mon temps off est souvent du temps d’inspiration (sauf les moments ou je bois des coups avec mes potes!).

DES INSPIRATIONS

Une citation ?  Quelques bulles de Brétécher dans un album d’Agrippine où elle demande à sa grand-mère pourquoi elle a appelé son fils Jean-Mi, car c’est quand même trop la honte d’appeler son fils Jean-Michel et elle lui répond « Tu es dingue ! C’est pas Jean-Michel, c’est Jean-Million ». Cela aurait pu être n’importe quelle bulle de Brétécher in fine.

 

+ Une couleur ? Bleu très foncé, Bleu Marine.

 

+ Une matière ?  La poudre de marbre mélangée à de la colle, cela donne une surface hyper lisse pour mes toiles.

 

Une ville ? Barcelone parce que j’y ai vécu et que je n’y suis plus. J’aurais été là-bas au moment de l’interview, j’aurais dit Paris.

 

+ Un artiste ?  Matisse ou Hopper,  j’aime leur « côté ascète et un peu grognon ». Je m’y retrouve un peu.

 

+ Un son ? « How come you never go there » de Feist.

 

+ Une saison ? L’été.

 

+ Un moment de la journée ? L’heure de l’apéro en été, 19h.

 

+ Un événement historique ? La Commune.

 

+ Une époque ? Maintenant, mon époque. Imaginez moi avec une robe à balcon, sur mon vélo, ça ne le ferait vraiment pas!

 

+ Un objet ? Un crayon à papier super gras.

 

+ Un truc à manger ? Une baguette tradition.

 

+ Quelqu’un à nous recommander pour subir la même interview que toi ? Une peintre, Charlotte Caron.

 

 

Photos : Manuela Cathala

 

Interview : Julie Delle Vedove