November 22, 2016

EMMANUEL BOSSUET

DESIGN

C’est dans son antre-écrin du 10ème arrondissement de Paris qu’Emmanuel Bossuet nous reçoit.

 

Des années dans un studio de design industriel ont forgé sa méthode tout en lui révélant les limites de l’exercice. L’univers de la Mode va l’en libérer. Emmanuel a navigué entre ces univers avant de forger sa propre histoire stylistique: sombre et graphique, une poésie par l’objet teintée de noir et blanc et une vraie exigence de qualité pour ne jamais être frappé de péremption.

 

Comme un besoin d’existence, son travail est systématiquement envisagé au prisme de l’édition. Double exigence, la préciosité de ses réalisations est clef, objet après objet, projet après projet. Une discussion à bâtons rompus rythmée de belles anecdotes et de cigarettes sorties d’une boîte aussi précieuse que le décor de l’appartement de son propriétaire.

Plus sur Emmanuel Bossuet : http://www.eemstudio.com/

 

 

 

 

 

Une couleur qui te fascine : Le noir, je l’ai beaucoup travaillé. C’est la matière première du dessin mais c’est aussi une couleur fascinante car elle a eu de multiples destins et connotations au fil de l’Histoire.

 

Une matière : Le bronze.

 

Une odeur : L’odeur des marqueurs Onyx, un souvenir d’enfance.

 

Un plat anti-cafard : Je n’en ai pas du tout.

 

Ton premier geste le matin : Je me réveille toujours trop tôt donc je me recouche.

 

Un son qui te hante : Des bracelets qui s’entrechoquent.

 

Un livre lu et relu : « L’histoire de ma vie » de Giacomo Casanova.

 

Une adresse où te croiser : Je suis partout où l’on m’invite.

 

Une époque : Celle qui n’est pas encore arrivée, le Big Crunch, l’effondrement du cosmos sur lui-même. Quand on travaille dans la création, on se pose forcément la question de la destruction, la paternité passe toujours, les générations futures n’auront pas nécessairement besoin de nous. Nous sommes toujours soumis à la pensée de notre propre fin. Si on s’était rencontrés en 63, je pense que nous n’aurions pas fait la même interview (elle aurait aussi peut être été teintée de plus d’optimisme).

 

Un instrument : Le pied à coulisse que j’utilise pour prendre des mesures.

 

Un outil : Un crayon en argent.

 

Un artiste admiré : Sans en citer aucun en particulier, j’ai une certaine fascination pour les artistes de transition alors que l’Histoire de l’Art valorise surtout les artistes de rupture.

 

Qu’aurais-tu fait si tu n’étais pas devenu artiste ? Dans tous les cas, je crois que j’aurai exercé une activité dans laquelle on n’est tenu qu’a une “obligation de moyens”, pour reprendre le terme de droit.

 

Un objet dont tu ne te sépares pas : Ma montre, une Speedmaster Omega. Par l’aventure spaciale à laquelle elle reste attachée et la lettre Ω on en revient au Big Crunch…

 

Un lieu pour créer : Ici, le bureau noir au 2ème étage du numéro 3 de la rue N. (en référence à Melody Nelson).

 

Un rituel, une manie de travail : Je prends beaucoup de notes sur des feuilles volantes que je ne conserve pas. Je suis un graphomane maladif.

 

Une manie d’exposition : Je suis toujours un peu paranoiaque dans ces moments-là, j’ai l’impression que tout le monde va me tomber dessus.

 

Un objet en particulier dans ton bureau : Un moulage d’identité judiciaire en plâtre qui date de la 2ème moitié du 19ème siècle. Probablement une jeune femme qui se serait noyée dans le Canal de L’Ourcq. C’est un objet mythique qui a pas mal imprégné les mouvements parnassien et surréaliste. Un modèle féminin idéalisé, Garbo s’en serait inspirée.

 

Un truc contre le stress : Je n’en ai pas du tout. Je stresse.

 

Un moment de la journée : Quand le téléphone ne sonne pas, très tôt le matin ou très tard le soir, les interstices où l’on peut vraiment travailler.

 

La question qu’il ne faut pas te poser : On peut tout me poser, je choisis alors de répondre ou pas.

 

Une image, un souvenir : Je ne mets pas beaucoup de marqueurs.

 

Une citation : « L’âge de pierre ne s’est pas arrêté faute de pierres », un point de vue tenu par une personnalité du lobby pétrolier. Elle me fait beaucoup rire.

 

Une rencontre : Roger Tallon, au début des années 2000. Une personnalité qui a compté et qui compte toujours pour moi.

 

Un regret : Aucun.

 

Un voyage : Je n’aime pas vraiment voyager. Cela demande toujours beaucoup d’efforts pour finir par faire des choses souvent ordinaires.

 

Une information inutile sur toi : Il ne faut surtout pas s’embarrasser de choses inutiles.

 

La musique que tu aurais aimé composer : Je n’ai pas une mentalité de fan, je peux passer 15 fois devant quelque chose et ne me rendre compte qu’à la 16ème que cela a de l’intérêt. J’aime beaucoup réviser mes jugements : c’est très stimulant.

 

Si tu ne devais garder qu’une seule de tes pièces : Impossible, c’est un tout. J’aime surtout quand les choses que j’ai pu réaliser m’échappent. Ce n’est alors plus une extension de toi-même, tu en es libéré.

 

Un projet secret : Je ne dis jamais de secrets.

 

Une personne à nous recommander pour subir la même interview : Theodore Fivel, un artiste protéiforme et un ami de longue date.

 

 

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