December 2, 2015

ISSI BÂ

MODE

C’était un matin un peu gris où nous avons bu un café bien chaud pour nous remettre d’un voyage en scooter un peu trop long (Montmartre-Montrouge ça fait une trotte quand même !). Il y a quelques semaines, Manifestes est allé à la rencontre de la créatrice d’Issi Bâ, Céline Omer. Un moment feutré où nous avons parlé couture, voyages et projet entrepreneurial. Enrichissant.

 

Carte postale de rencontre

+ Météo du jour ? De la grisaille, du froid, de la pluie, du vent. L’enfer.

 

+ Humeur du jour ? Comme la météo… Mais Céline n’est pas encore sortie donc ça va encore!

 

+ Que boit on ? Un café. Un café serré… et chaud ! Généralement, Céline le boit froid car elle pose sa tasse quelque part et l’oublie systématiquement.

 

+ Où sommes-nous ? Dans l’appartement qu’elle partage avec son copain et qui est aussi son atelier.

 

+ En savoir un peu plus sur Issi Bâ ? http://issiba.fr/

 

 

 

 

 Une histoire

Au tout départ, Céline évoluait dans le monde de l’Art et travaillait pour des galeries, puis pour un site de vente d’oeuvres en ligne. Elle exprimait alors sa créativité dans des projets de commissariat d’exposition ou de scénographie. Une période plutôt chouette qui lui plaisait bien. Avec le temps elle a eu envie d’aller plus loin et de pouvoir exprimer son univers propre, ses codes à elle.

 

Son matériel d’expression, le sac, est arrivé un peu après, presque par hasard. Travailler de ses mains a toujours été quelque chose d’important pour elle. Elle s’est familiarisée avec le monde de la couture en observant sa grand-mère, au lycée elle retouchait des robes vintages aux coupes démodées sur une vieille machine Singer. En 2014 elle s’inscrit à une formation de modélisme, puis de stylisme au GRETA de la mode et design ou elle consolide ses bases et apprend la technique.

 

Un jour, Céline s’est mise à démonter un de ses sacs très abimé qu’elle adorait pour le refaire entièrement et le sauver. Une révélation. Elle a alors imaginé un autre sac pour une amie et puis un autre. De fil en aiguille et grâce aux encouragements de son entourage, elle a commencé à ne faire que ça. Ainsi naquit Issi Bâ. Noel 2014, Céline fait un test et met en vente 20 sacs sur Etsy. Ils partent comme des petits pains. C’est un succès. Le reste s’est enchaîné assez rapidement, Céline trouve qu’elle a eu beaucoup de chance : les boutiques & pop-up stores qui l’ont rapidement contacté, sa famille et ses amis, ses premiers supporters et ses premiers clients, l’ont beaucoup encouragé et ont contribué à un joli bouche à oreille. Ils l’ont aussi pas mal aidé : une amie lui a proposé de réaliser son site web, une autre s’est proposé de lui faire de jolies photos… Bref, des coups de pouce qui comptent tellement ! C’est sans doute la raison pour laquelle elle en est déjà là aujourd’hui… Un an seulement après avoir mis ses premiers sacs en ligne sur Etsy…

 

 

 

Un processus créatif bien orchestré

Céline puise ses inspirations un peu partout : dans la mode du moment, les expos qu’elle visite, les gens qu’elle croise dans la rue… Elle se nourrit au grès des rencontres et des trouvailles. In fine, c’est assez inconscient.

 

Cette saison par exemple, l’inspiration est venue d’un tissu jacquard à motif tigre avec des tons verts émeraude évoquant des paysages de montage et des branches de conifères. C’est devenu un des motif de la collection actuelle, (le motif Fuji) et c’est ce qui l’a poussé vers un univers « montagne » pour cet hiver ; des matières chaleureuses – – imitation fourrure de mouton, molleton matelassé, tweeds précieux – une gamme de couleurs puisées dans les paysages des grands lacs canadiens ou de la cordillère des Andes, mais également des teintes empruntées directement aux alcools de montagne.

 

 

 

Céline synthétise ses inspirations en planches tendances matières, couleurs et motifs. Elle fait ensuite des petits croquis puis des patrons sur papier ou directement dans la toile avant de lancer la fabrication de chaque sac. Elle chine tout ses tissus et ses cuirs dans des boutiques plus ou moins confidentielles, à Paris, au Sentier ou au Marché Saint Pierre ainsi que chez les destockeurs de tissus des maisons de luxe. Sa gamme est assez large : de la petit trousse à la pochette en passant par le sac en bandoulière, la besace et le cabas. Dès l’été prochain elle aimerait aller plus loin encore et développer encore d’autres formats et pourquoi pas imaginer aussi une gamme de foulards. Une façon de revenir à une passion qui lui tient à coeur : la peinture sur soie.

 

Plein de projets à venir donc.

 

Le temps passé en production est toujours du temps que tu ne passes pas en créa ou en développement. Ainsi, il est maintenant primordial pour elle de construire une organisation durable et de monter une équipe. Car « Durable » et « Made in France » sont des mots qui résonnent dans l’esprit, elle a rencontré des ateliers associatifs de réinsertion en Seine Saint Denis et collabore depuis la rentrée avec un atelier d’insertion pour la réalisation des petites pièces type trousse. Un partenariat local donc, à la dimension sociale et solidaire. Au delà du développement de sa marque à l’International, en Europe dans un premier temps, Céline aimerait beaucoup avoir un show-room et pourquoi pas un atelier sur Paris dans un avenir proche. Aujourd’hui elle est à Montrouge et c’est vrai que faire traverser le périphérique aux Parisiens n’est pas gagné, même pour une vente éphémère…

 

 

Montrouge

Céline rit quand on évoque son quartier. « Alors tu es entre le building de Sanofi et celui de Pfizer » commence t-elle en plaisantant. Montrouge à priori cela ne fait pas rêver et pourtant… Céline aime beaucoup Montrouge, c’est plutôt calme, très aéré. Ils habitaient à Barbès avant avec son copain, il y avait trop de monde ! Montrouge c’est familial, la rue en bas est piétonne et les enfants viennent jouer. Mais c’est quand même aussi une ville où il se passe pas mal de choses comme le Salon de Montrouge pour l’Art Contemporain ou des concerts en extérieur.

 

 Quelques adresses ou croiser Céline

   + Un bar à la sortie de métro : La Quincaillerie Générale (4-6 Place Emile Cresp, Montrouge)

 

+ Un restaurant malgache délicieux : Le Lémurien de Madagascar (5 Rue Sadi Carnot, Montrouge)

 

+ Le bar du Verre Siffleur (73 Rue d’Alésia, Paris 14). Leurs burgers sont trop bons et ils font aussi de supers cocktails.

 

+ Le parc Montsouris et celui de la Cité Universitaire. Celui là est moins connu et donc moins fréquenté hormis quelques étudiants qui font leur footing.

 

 

Un appart-atelier

L’appartement de Céline et de son copain est à la fois son lieu de création mais aussi l’espace ou elle produit.

 

 Le salon, c’est la partie administrative, on y entasse les factures et les papiers. C’est fou le nombre de fournisseurs différents dont on a besoin et la paperasse que cela génère quand on monte une boîte. Elle a un nombre assez important de listes également. Des listes en tout genre. Plein de listes.

 

La partie atelier quand à elle se trouve dans une pièce dédiée de l’appartement. Céline y entrepose ses outils et ses sacs et c’est surtout là qu’elle coud. Les objets importants pour Céline ce sont plein de petites choses qu’elle utilise pour décorer son appartement, de jolies images d’abord parce que le beau ça fait du bien et puis plein de petits choses qu’elle trouve dans la nature : des galets, des morceaux de bois flotté…

 

Elle ramène aussi pas mal de choses de ses voyage comme de belles céramiques ou des boites de toutes sortes. Céline se sent bien dans cet appart-atelier, c’est un lieu propice à la créativité.

 

Des inspirations

+ Une citation ? “La tendresse a des secondes qui passent plus lentement que les autres.» Romain Gary.

 

+ Une couleur ? Vert de gris.

 

+ Une matière ? Le velours.

 

+ Une ville ? Un lieu ? Un pays ? Paris / Ma terrasse / L’Italie.

 

+ Une personnalité ? David Bowie ou Stromae. Ils sont bons dans tout ce qu’ils font. Pluridisciplinaires. Des génies ! Jeanne Moreau, sa voix, sa sensualité, sa classe.

 

+ Une musique ? Un son ? Le bruit des feuilles mortes quand on marche dessus.

 

+ Un sentiment ? L’amour.

 

+ Une saison ? Le printemps.

 

+ Un moment de la journée ? L’apéro.

 

+ Une époque ? La Rome antique.

 

+ Un objet ? Un Criterium.

 

+ Un plat ? Un ingrédient ? Un bobun / Du sel.

 

+ Une personne à nous recommander pour « subir » la même interview ? Adélaïde de Vanity Boum, créatrice de lampes (pièces uniques uniquement). Elle vit entre Paris et Tanger.

https://www.facebook.com/Vanity-Boum-361208847236868/?fref=ts

 

 

Interview : Laure Boudias

 

Crédits photos sacs Issi Bâ : Sophie Derrien

 

Crédits photo appartement : Manuela Cathala