October 7, 2015

HÉLÉNA FRERE

Reliure d'art

Cette semaine, Héléna a ouvert sa porte à Manifestes comme on ouvre un livre au hasard pour le parcourir des yeux et des mains et s’en faire une idée. Une rencontre intime et feutrée qui nous a plongé dans son univers fantasmagorique, plein d’outils étranges et d’ouvrages incroyables.

 

Carte postale de rencontre

Météo : Héléna ne met pas beaucoup le nez dehors en ce moment mais il semblerait qu’il fasse plutôt beau.

 

Humeur : Sereine.

 

Boisson : Du thé Russian Earl Grey tout simple.

 

Lieu : Dans son « appartelier ».

 

 

 

 

UNE HISTOIRE

Héléna relit des livres. La Reliure c’est protéger des livres, leur donner une forme finie. La plupart du temps ce sont des éditions spéciales de collection qui mettent véritablement en valeur l’ouvrage. Le rapport fond-forme est primordial et la reliure d’un livre va alors raconter et sublimer la sensation du texte à l’intérieur. La reliure, c’est un écrin.

 

 

 

Evidemment, la reliure ne va pas sans l’amour de la lecture. Il faut aimer les textes, les comprendre pour exprimer leur essence.

Et la reliure c’est arrivé par un peu hasard dans la vie d’Héléna (oui, tu te dis rarement que tu veux devenir relieur à 6 ans…). Ses débuts en école de graphisme lui font assez vite comprendre que passer une journée entière à travailler sur un ordinateur, définitivement ce n’est pas son truc. Elle a envie d’utiliser ses mains. Le CAP Reliure sur lequel elle s’oriente alors a d’abord été un choix par défaut, puis une véritable révélation. Pour finir, son passage à Estienne, le Saint des Saints, a fini par confirmer cette passion.

 

 

Aujourd’hui Héléna travaille seule dans son « appartelier ». Elle essaye de faire vivre ce métier-passion du mieux qu’elle le peut. Dès que possible, elle communique sur son métier, un métier presque disparu qu’il faut toujours expliquer, raconter… Même si aujourd’hui le retour en grâce du beau geste et des savoirs-faire rares promettent peut être des jours meilleurs à l’univers de la reliure.

 

Dans des métiers manuels comme celui-ci, il est important d’aérer le geste pour mieux le maîtriser, le ré-inventer aussi peut-être. Ainsi, Héléna s’essaye souvent à d’autres techniques proches de l’univers du Livre comme l’impression ou l’édition. Demain, elle aimerait pouvoir se concentrer sur la Reliure d’Art, entretenir le coeur de sa passion, au détriment d’autres commandes moins artistiques, de façonnages plus classiques.

 

 

DES OUTILS ET UNE MANIE

Quand on est relieur d’art, on a besoin de 1000 choses : une presse pour presser, une petite cisaille pour couper, des plioirs, des scalpels, des poinçons, des peaux, des feuilles d’or…Héléna a des tonnes d’outils différents, mais évidemment, il lui manque toujours la moitié de ce qui lui faudrait!

 

 

 

La précision de certaines techniques liées à la reliure implique une répétition incessante. Pour échapper à cette redondance, Héléna a une manie : se perdre dans de longues émissions de radio ou des séries. Cela automatise l’action, et permet d’atteindre un espèce d’état de transe qui fait oublier le geste.

L’APPARTATELIER D’HELENA

Depuis quelques semaines, Héléna a du rapatrier son atelier au sein de son appartement. La situation n’est pas idéale, elle se met donc d’ores et déjà en recherche d’un autre espace pour travailler.

 

Dans cet espace polymorphe, on retrouve tout l’univers d’Héléna : des images qu’elle aime, des plantes, des objets auquel elle tient comme notamment :

 

Le Paradis Perdu de John Milton (un contemporain de Shakespeare). Un livre toujours à portée de main, un texte magnifique traduit par Chateaubriand. C’est une ré-écriture de la Genèse qui raconte la guerre qui a Dieu et Lucifer. L’Infernal imprègne beaucoup l’univers d’Héléna (et lui inspira d’ailleurs son travail de diplôme).

 

 

 

Les plantes d’Héléna car c’est toujours réjouissant de voir la nature pousser… On trouvera ça et là de nombreuses choses et notamment des petits débuts d’avocatier…

 

 

 

Une image accrochée au mur, un paysage du duo Chris Hipksiss qui inspire et fascine.

 

Elle est extraite d’un ouvrage découvert il y a quelques années et qui aura inspiré à Héléna un de ses travaux de diplôme : un reliure imaginée à partir d’un cuir patiné, cicatrisé, une peau pleine de marques sur laquelle elle a ciselé un graphisme strict et contemporain qui fait parfaitement écho à l’imaginaire de Chris Hipkiss.

 

 

QUELQUES ADRESSES OU L’ON PEUT CROISER HELENA

Héléna n’est pas citadine. Elle fuit la ville autant qu’elle le peut. Elle a néanmoins réussi à se créer un territoire et des repères dans une zone qui va de Nation à Mairie des Lilas en passant par les frontières du XIIIème et du Marais.

 

Le Monte en L’Air (2 Rue de la Mare, 75020 Paris) où elle trouve tout un tas de jolies choses, d’ouvrages de Collection. Il y a dans cette librairie tout un tas de gens qui font un beau travail d’édition.

Le Petit Garage (61 Rue Jean-Pierre Timbaud, 75011 Paris), un bar qui n’a rien d’extraordinaire mais c’est le bar d’Héléna.

L’Arrosoir, (80 rue Oberkampf, 75020 Paris), un fleuriste où on a toujours envie d’acheter des fleurs.

Le Cimetière du Père Lachaise. Pour se balader au calme.

DES INSPIRATIONS

+ Une citation ? « Etre capable d’être dans l’incertitude, le mystère et le doute en oubliant l’exaspérante quête de la vérité et de la raison.» de John Keats à propos de Shakespeare à propos de la capacité négative.

 

+ Une couleur ? Bleu de Prusse.

 

+ Une matière ? De la peau, du cuir.

 

+ Une ville ? Oxford.

 

+ Un lieu ?  Un lieu imaginaire un peu fantasmé avec une rivière, des cailloux et des animaux.

 

+ Un pays ? Quelque chose vers le nord, avec de la neige, des animaux et des aurores boréales.

 

+ Un artiste ? Hokusai.

 

+ Un son ? « Le Port d’Amsterdam » de Brel qui fait toujours pleurer ou « Blue Monday » de New Order qui réveille le matin.

 

+ Un sentiment ? La Mélancolie.

 

+ Une saison ? Le Printemps.

 

+ Un moment de la journée ? L’aurore.

 

+ Une époque ? Le Moyen-Age, une époque diabolisée à tort.

 

+ Un objet ? Un livre.

 

+ Un plat ? Un ingrédient ? Une bière artisanale belge.

 

+ Une personne à nous recommander pour « subir » la même interview ? Le duo de sérigraphes Groduk & Boucar.

 

 

 

Interview : Julie Delle Vedove

 

Photos : Laure Boudias